Risques nucléaires. La pastille ne passe pas

Mis en place après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le Plan Orsec Iode doit permettre de protéger la population française de certaines retombées radioactives avec un temps de réponse très court. Alors que mairies, écoles, ou services de l’État sont parties intégrantes dans ce plan, bien peu, dans le Trégor, semblent au courant de son existence.

Le Japon, l’un des pays les mieux préparés au monde aux catastrophes naturelles (tremblements de terre, typhons…), s’est trouvé pris de court lors du tsunami qui a dévasté la région de Fukushima en mars 2011, occasionnant l’une des plus grandes catastrophes nucléaires du monde. Quelques mois après les événements nippons, la France rédigeait une circulaire interministérielle, le 11 juillet 2011, avant d’élaborer un programme en lien avec la gendarmerie, la police, les hôpitaux, les écoles et les pompiers : le Plan Orsec Iode que les préfectures devaient mettre en place en local.
Des communes au centre du plan… sans le savoir

« Le plan quoi ? Le plan Orsec comment ? », telle est la réponse que l’on obtient lorsque l’on invite les maires du Trégor à s’exprimer sur le sujet. Visiblement, ce plan que la préfecture des Côtes d’Armor a mis en place le 25 février 2013, leur est totalement inconnu. Pourtant, le nom des chefs-lieux de cantons par lesquels ces fameuses pastilles d’iode doivent transiter avant d’être distribuées aux administrés, apparaît bel et bien dans les documents officiels, et sont décrits comme « les sites d’acheminement des comprimés ». Il est même précisé, page 12, que ce plan (seul élément que la préfecture nous a communiqué, malgré de multiples contacts et l’envoi de questions précises) repose sur « une planification de niveau départemental qui définira les communes chargées de la distribution », et « une planification de niveau communal, où le maire de la commune ainsi désignée identifiera et organisera les points de distribution à la population ». Ceci sans parler de la logistique que devraient mettre en place les chefs-lieux de cantons pour distribuer ces pastilles aux plus petites communes, « à la charge de ces dernières ». Aides de l’ARS pour la mise en place du plan, centres de distribution, « nécessité de conserver une trace des opérations de distribution »… Interrogées sur les modalités de mise en place du plan Orsec IOde, les réactions en mairie sont unanimes, entre ton dubitatif et consternation. « Alors là ! Peut-être que j’ai raté quelque chose, lance Héléna Pesrotel, de la direction générale des services de la mairie de Bégard. C’est fou ça quand même ! Du coup, ça éveille ma curiosité ». Le maire de Perros-Guirec, Erven Léon, tombe lui aussi des nues. « Ça ne me dit rien. Quand je parle d’Orsec Iode, tout le monde ouvre de grands yeux. Nous ne sommes absolument pas au courant. Nous n’avons rien vu passer, sinon, nous serions forcément au courant ».
« En matière de sécurité on n’est pas bons »

Les écoles, également intégrées dans ce plan, ne semblent pas, elles non plus, avoir été tenues au courant. Il y a certes le Plan de prévention de risques majeurs dont les exercices ont été rendus obligatoires dans les années 2000, mais pas de Plan Orsec Iode ».
Collèges ou lycées du bassin lannionnais n’en ont pas plus entendu parler. « Nous avons organisé en janvier un exercice de confinement qui entre dans le cadre du Plan des risques majeurs, explique Franck Ogier, le proviseur du lycée Le Dantec. On nous a rappelé cette obligation après les attentats de Paris. Pour le Plan Iode par contre, je n’ai reçu aucune instruction. Culturellement en France, en matière de sécurité, on n’est pas très bons. Les événements que nous avons vécus à Paris nous rappellent que cette culture-là, il faut qu’on l’ait. Si un nuage radioactif passe à Lannion, je déclenche le Plan de prévention des risques majeurs, on confine, et puis on attend les instructions de la part des services municipaux. Ce sera à eux de nous adresser les pastilles d’iode nécessaires. Mais je ne sais pas selon quelles modalités. Nous avons découvert que les établissements sont mal conçus pour ces confinements. Et les attentats de Paris nous ont rappelé que notre sécurité n’est pas acquise… ».

600.000 pastilles pour les Costarmoricains

Un stock de 600.000 pastilles d’iodure de potassium est stocké à la CERP Saint-Brieuc (Coopérative d’exploitation et de répartition pharmaceutiques), ce qui permettrait à chaque habitant de se protéger de certaines radiations nocives. Mais, au fait, quel est le rôle exact de ces petits cachets blancs ? « Ces pastilles d’iode stable sont des médicaments à part entière, explique un pharmacien de Lannion. Leur seul intérêt est de protéger la thyroïde en la saturant d’iode, et en l’empêchant ainsi d’être atteinte. Mais, il y a assez peu de risques d’émission d’iode radioactif. Dans le cas de Fukushima par exemple, il y a eu des émissions de césium 137, et non pas d’iode. Les pastilles d’iodure de potassium étaient donc inefficaces. Mais, le risque d’accident nucléaire ne doit pas être négligé pour autant ».
© Le Télégramme

Sortir du nucléaire : le collectif s’interroge

« Il aura encore fallu qu’un accident se produise pour que les autorités prennent la mesure du danger du nucléaire ! ». C’est ainsi que Laurent Lintanf veut lancer le débat sur une sortie de ce qui est actuellement notre principal mode de production d’électricité.

« Vents de nord-est »
« À une époque, EDF affirmait qu’il n’y avait aucun danger… jusqu’au moment où ils se sont aperçus qu’ils ne pouvaient plus tenir ce genre de discours. Si l’on considère un département comme les Côtes-d’Armor, où il n’existe pas d’installations nucléaires, nous sommes malgré tout sous l’effet de vents de nord-est, région où se trouve l’usine de retraitement de La Hague… ».

Le préfet sollicité
Laurent Lintanf s’interroge sur le fait que les départements de l’Ille-et-Vilaine et du Calvados aient lancé une campagne d’information sur le Plan Orsec Iode, et pas celui des Côtes-d’Armor. Il a écrit à ce sujet, en mai dernier, une lettre ouverte au préfet du département, à laquelle il dit avoir reçu une réponse laconique indiquant que les comprimés d’iode étaient stockés à Saint-Brieuc.

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