Radium et arsenic à Buhulien, reportage du Télégramme

Lannion. Arsenic et radium près d’anciennes mines

En 2015, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a fait le tour des anciens sites miniers uranifères costarmoricains. Il vient de rendre son rapport. Dans la campagne de Lannion, le site de Traou ar Ru, doublement contaminé au radium et à l’arsenic, va être sécurisé.

Il y a trois ans, l’association lannionnaise Sortir du nucléaire-Trégor avait posé une pancarte « eau non potable » près du GR 34, sur le site de Traou ar Ru, à Buhulien. Elle avait été arrachée. « À cette époque, hélas, nous n’avions pas été suivis », témoigne Laurent Lintanf, président de cette association. Dans la campagne lannionnaise, cette pancarte n’avait pas été plantée à cet endroit par hasard. Il se trouve à proximité d’un ancien site minier uranifère, qui a été exploité de 1957 à 1961. Au fond des bois, l’uranium d’hier se mesure toujours aujourd’hui. C’est ce qui inquiète les antinucléaires de Lannion. « C’est Sortir du nucléaire-Trégor qui a remis ce dossier en lumière, il y a trois ou quatre ans. À l’époque, on était les seuls à avoir soulevé ce dossier ».

Couleur rouille

Dans les Côtes-d’Armor, Areva a répertorié 11 sites miniers uranifères dans son bilan environnemental de septembre 2014. Un an plus tard, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a ausculté ces sites pour vérifier ce document. Il vient de rendre son rapport. À Buhulien, les analyses pratiquées donnent raison à Sortir du nucléaire-Trégor : « Le premier constat que l’on a pu faire, c’est que ce dossier a confirmé un certain nombre de craintes que l’on avait nous-mêmes exprimées. Le taux de radioactivité est clairement au-dessus du bruit de fond dans certains secteurs ». Il est de deux à trois fois plus élevé sur la parcelle concernée par les travaux miniers et cinq fois supérieurs, sur une zone d’environ 1 à 2 m², à l’emplacement du puits indiqué par Areva Mines, qui se trouve sous un champ de maïs. En contrebas des cultures, à 100 m à vol d’oiseau, une autre curiosité inquiète l’association : un petit ruisseau passant sous le GR 34, qui termine dans une zone humide proche du Léguer. L’eau s’écoule d’une buse sur un terrain couleur rouille. Les prélèvements de sédiments réalisés par l’IRSN, en aval de la buse, ont parlé : « Les sols de la zone humide présentent un marquage de plus de vingt fois le bruit de fond en radium 226 ». À la demande de l’association, l’IRSN a aussi fait des analyses en arsenic. « Les terres et les sols prélevés au niveau de la mare et de la zone humide située en aval de la buse présentent des teneurs en arsenic supérieures aux valeurs définies par l’inventaire minier ».

Principe de précaution

Dans ce contexte, cet institut préconise « de prévenir l’accès à la zone humide ainsi que l’usage de l’eau en sortie de buse ». Pour le maire de Lannion, Paul Le Bihan, le principe de précaution doit s’appliquer à la lecture du rapport de l’IRSN. Sans forcément parler de clôture, il précise que ce site va être sécurisé pour éviter qu’un « randonneur s’y lave les mains ». Paul Le Bihan refuse par contre de verser dans le catastrophisme, rappelant que les taux de radiation doivent s’apprécier en tenant compte du temps d’exposition. Un panneau préviendra aussi les promeneurs que l’eau n’est pas potable. « Sortir du nucléaire-Trégor se réjouit de cette évolution positive », conclut Laurent Lintanf.

© Le Télégramme

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