Tchernobyl. « Un film qui veut établir la vérité » © Le Télégramme

Yves Lenoir (deuxième à gauche), sur le tournage de son documentaire « Tchernobyl, le monde d’après », en 2016.
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À l’occasion de la diffusion du documentaire « Tchernobyl, le monde d’après », ce mardi soir aux Baladins, à Lannion, l’un de ses deux réalisateurs, Yves Lenoir, est revenu sur les conséquences actuelles de cette catastrophe. L’occasion d’aborder aussi la question de la sortie du nucléaire en France.

Cela fait 32 ans que la catastrophe de Tchernobyl (Ukraine) s’est produite, quelles en sont les conséquences aujourd’hui sur les populations ?

Depuis ce 26 avril 1986, l’évolution sanitaire se dégrade sans cesse de générations en générations. Que ce soit sur la faune et la flore – où des études scientifiques ont été réalisées – ou sur l’être humain. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’évolution de l’état de santé de la population nourrit des controverses irréductibles, nombre d’études allant jusqu’à omettre le facteur radiations dans son incontestable dégradation. Ce que l’on peut noter, c’est qu’aujourd’hui, en Biélorussie, le nombre de malformations cardiaques d’origine congénitale augmente chez les enfants. D’autres sont touchés de diplégie cérébrale (paralysie partielle). Ces exemples sont l’illustration empirique que c’est longtemps après la catastrophe que l’on voit apparaître des maladies qui n’étaient pas fréquentes au début. La cause est la contamination par la radioactivité et, comme j’ai coutume de dire, le malheur de ces personnes débute à partir du moment où les grandes institutions sanitaires décident qu’il est sans danger de rester dans la zone contaminée.

Comment ces enfants se retrouvent-ils contaminés ?
En Biélorussie, on donne beaucoup de lait aux femmes enceintes, sauf que celui-ci est contaminé et que les foetus stockent le césium, concentrant la radioactivité et augmentant les risques de mutation génétique. Cette contamination ne se retrouve toutefois pas uniquement dans le lait. En forêt, la radioactivité s’est déposée dans l’écorce des arbres ; à la campagne, le sol a absorbé les rayonnements et la radioactivité se trouve dans les plantes, les racines ou l’herbe. Qui sont mangées par les animaux…

Vous dites dans ce film que le silence commence à régner sur les conséquences réelles de la catastrophe. Pouvez-vous expliquer cela ?

Depuis le rapport publié en 2005 par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) recensant près de 4.000 décès liés à l’accident, aucune recherche scientifique n’a été ouverte dans ces territoires proches contaminés. On a voulu clore le débat ! Les travaux menés sur le terrain donnent des chiffres plus élevés : entre 600.000 et 900.000 vies perdues. De même, dans la région fortement irradiée, le taux de certains cancers a progressé de 40 %. En cela, le traitement de la catastrophe de Fukushima est analogue à celle de Tchernobyl, même si le secret est beaucoup plus lourd au Japon sur l’évolution sanitaire.

Qu’est ce qui a motivé la réalisation de ce documentaire ?
On a décidé de combler un vide en donnant la parole à quelques-unes des rares personnes qui ont consacré leur vie à réduire autant que possible les risques et dommages qui menacent la population du fait d’un environnement radioactif. C’est un film qui veut établir la vérité par des témoignages.

En France, la part du nucléaire dans l’énergie est toujours aussi importante. Pourra-t-on en sortir un jour ?
Le délai des 50 % voulu par François Hollande est déjà repoussé à plus tard. De plus, le parc nucléaire français est en mauvais état et les centrales de remplacement, comme l’EPR de Flamanville, ne sont pas encore prêtes. Il est évident que les centrales actuelles seront prolongées puisqu’on n’arrive pas à faire décoller l’éolien et le solaire. La France est aussi un cas singulier dans la mesure où il n’y a pas de volonté politique. Clairement, on se demande où on va…

Pratique
Président de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus depuis 2010, Yves Lenoir a passé une partie de sa vie à étudier les conséquences de cette catastrophe sur les populations. Il en a sorti un livre, « La comédie atomique : l’histoire occultée des dangers des radiations » et un documentaire, « Tchernobyl, le monde d’après », qui sera projeté ce mardi 15 mai, à 20 h 30, au cinéma Les Baladins, à l’initiative de l’association Sortir du nucléaire. La séance sera suivie d’un débat. Tarifs : 7,90 € ; réduit : 6,50 €. Possibilité de le combiner avec Orange Cineday.
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